| animale/halieutique | 25.06.2025 | 1.24K |
Photo : Le SG d’INTERAQUA, M. Ouattara au micro de notre collaborateur
M. Ouattara Yessorifiala, vous êtes le Secrétaire General de l’interprofession de la filière aquacole, INTERAQUA en Côte d’Ivoire. Mais apparemment bien qu’existant, votre secteur semble être méconnu du public et des autres acteurs agricoles de Côte d’Ivoire ?
Merci bien à vous La Tribune Agricole pour cette opportunité à nous offerte. Cependant, comme certains pourraient le penser, notre secteur d’activité, bien au contraire est connu. C’est d’ailleurs pourquoi que nous sommes en interprofession après le décret de reconnaissance officielle signé par le président de la république de Côte d’Ivoire le 12 mars 2025. Alors c’est un secteur bel et bien réel et connu seulement que ce récent décret de reconnaissance est un peu comme avoir sa carte d’identité ou son extrait de naissance. On peut donc naitre puis, obtenir après son extrait de naissance et sa plus tard sa carte d’identité.
C’est l’occasion pour nos lecteurs, par votre biais de savoir ce que c’est l’aquaculture.
L’aquaculture c’est en réalité l’élevage de toutes les espèces aquacoles. Dans l’aquaculture, vous avez également d’autres cultures telles que la pisciculture qui est l’élevage de poissons, pénéiculture ou la crevetticulture qui l’élevage des crevettes, la raniculture ou l’élevage de grenouilles, l’algoculture ou l’élevage des algues et bien d’autres types d’élevage. Tout élevage fait donc dans un milieu aquatique fait partie de l’aquaculture et donc de l’interprofession INTERAQUA.
Pour revenir à l’existence de l’interprofession aquacole et l’obtention de son décret de reconnaissance, pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
Comme indiqué tantôt, toutes les activités aquacoles et les acteurs existaient. Nous avons après la décision gouvernementale d’organiser les secteurs d’activités agricoles en interprofession, il était important pour nous de se regrouper à cet effet. Ce fut donc un processus qui a abouti sur l’organisation d’une Assemblée Générale Constitutionnelle de toute la filière aquacole en Côte d’ivoire. Après cette étape ; il fallait œuvrer pour la reconnaissance officielle de l’Etat de Côte d’Ivoire. Sur au moins (2) deux ans, cette bataille a été menée grâce au dynamisme et à l’appui de notre président, sans oublier la ferme volonté de Monsieur le ministre de tutelle, M. Sidi. Et, au final, nous avons pu obtenir ce décret de reconnaissance.
A ce stade des choses, à savoir la reconnaissance officielle, quel est le sentiment partagé entre vous acteurs de la filière aquacole en Côte d’Ivoire ?
C’est un véritable sentiment de fierté, de satisfaction mais surtout de reconnaissance que nous avons à notre niveau. Car, cette reconnaissance va permettre à notre filière d’avoir plus de visibilité et de crédibilité partout où besoin sera au travers INTERAQUA qui devient l’interlocuteur vis-à-vis de l’extérieur. En sus, cette organisation permettra de rassembler tous les acteurs de la filière aquacole.
Actuellement, comment se porte donc la filière aquacole de Côte d’Ivoire ?
Aujourd’hui, nous pouvons affirmer que la filière aquacole se porte bien. Vous savez, le ministre Sidi Tiémoko Touré a compris que le développement des filières. Et cela passe nécessairement par l’organisation des acteurs. Depuis son initiative pour aboutir à une Assemblée Générale en passant par la mise en place d’un comité ad hoc puis l’atteinte aujourd’hui de la reconnaissance officielle démontre de la santé de la filière. Elle est donc entrain de constituer durablement.
C’est vrai qu’il y a des défis à relever. Tels celui des importations, du financement de nos acteurs et autres. Ce sont des questions qui trouvent réponse dès le moment où les gens sont organisés. Et nous allons relever ensemble ces défis pour que nous ayons une filière dynamique qui compte dans le pays.
Pendant que nous y sommes, quels sont les différentes composantes de l’interprofession aquacole qu’est INTERAQUA ?
INTERAQUA est l’interprofession aquacole en Côte d’Ivoire. Elle regroupe plusieurs professions regroupées en (3) trois collèges. Nous avons donc à cet effet, le collège des producteurs qui regroupe plusieurs coopératives, celui des agro-industries qui a à son sein les provendiers qui vendent les aliments, les écloseries pour ce qui est de la production des alevins, des aménagistes qui s’occupe des sites de production, les vendeurs de matériels de pêche ; puis finalement le collège des commerçants regroupant également plusieurs coopératives. L’interprofession aquacole, INTERAQUA est la représentativité de tous les acteurs du secteur.
M. Ouattara, justement pour parler de représentativité, croyez-vous que tous les acteurs de ce secteur en Côte d’Ivoire sont intégrés ou affiliés au sein de l’interprofession INTERAQUA ?
Merci à vous pour cette question. En effet, il serait péremptoire d’affirmer que tous les acteurs de la filière sont affiliés à l’interprofession. Nous profitons donc de votre journal pour lancer un appel à l’ensemble des acteurs qui pratiquent l’activité aquacole.
Qu’il soit dans un laboratoire ou dans un campement, chaque acteur peut prendre contact avec l’interprofession. INTERAQUA est là pour eux. Elle pourra les orienter sur les décisions appropriées pour un avenir meilleur. Il s’agit des questions de défense de nos droits et autres. Il est aussi question des différentes opportunités sans oublier les fructueux échanges sur les innovations. Lesquelles innovations interviennent chaque jour au niveau de la filière aquaculture. Tous ceci pour rendre dynamique notre secteur.
Qu’est-ce que l’INTERAQUA prévoit concrètement dans tout ça en dehors de la défense des acteurs comme indiqué plus haut ?
A l’INTERAQUA, nous travaillons à ce que toutes les activités du secteur soient vulgarisées et développées. Notre objectif n’est donc pas seulement de se conformer à une seule régulation pour une seule espèce, mais plutôt aller au-delà de l’espèce tilapia communément appelée carpe qui est le plus répandue. On veut passer au développement actif de l’élevage de silures, mâchoirons, des grenouilles, des crustacés dont les crevettes et crabes…
Prenez par exemple la raniculture, à savoir l’élevage de grenouilles, l’INTERAQUA travaille à ce que cette spéculation soit véritablement vulgarisée et développée en Côte d’Ivoire. Car, il faut comprendre qu’il y a de plus en plus demandes en termes de consommation de grenouilles. Il y a des restaurants, des hôtels et même des endroits spécialisés qui offrent la grenouille au menu. Aussi, il y a de plus en plus d’acteurs intéressés à la raniculture.
Nous prenons donc toutes ses spéculations en compte avec INTERAQUA qui on le pense ira plus loin avec cette détermination et la volonté animées par les dirigeants de la filière.
Vous avez évoqué plus haut la problématique de l’importation qui est une véritable inquiétude pour votre secteur. Est-ce que INTERAQUA pourra trouver une solution puisqu’il s’agit là d’une affaire de production locale capable satisfaire la demande nationale ?
Vous savez, la Côte d’Ivoire est un pays extraordinaire. Et les ivoiriens savent inverser la tendance. Comme il est stipuler dans notre hymne nationale, les ivoiriens savent révéler des défis. Et pour nous, aujourd’hui l’aquaculture est un défi qui compte. Sur ce, nous disons que nous n’avons pas peur des importations d’ailleurs. C’est pourquoi nous disons tout simplement que les ivoiriens ont quelque chose à gagner en produisant du poisson pour encourager l’ensemble à aller vers ce secteur afin permettre une satisfaction des consommateurs. C’est d’ailleurs pourquoi nous appelons les ivoiriens à s’intéresser à cette activité. Comme souligné plus haut, on parle généralement du tilapia, mais il y a également d’autres espèces qui sont consommées et donc utile à l’élevage pour relever ce défi de la satisfaction.
Aujourd’hui, l’ivoirien ou du moins ceux qui vivent en Côte d’Ivoire ont une préférence alimentaire très selecte. Consommer du poisson frais et bien frais est devenue une habitude alimentaire. Surtout quand on parle de bio et de qualité. Et vous savez également qu’il n’y a rien de meilleur de retrouver dans votre assiette un poisson qui a été pêché au moins une à deux heures auparavant. Cette attitude grandissante des ivoiriens est un signal de motivation pour le développement de la filière aquacole.
C’est pour vous dire encore que nous n’avons pas peur pour relever le défi face aux importations.
Notre objectif est d’accroitre la production nationale. Nous produisons pour le moment 8400 tonnes pour 720 000 tonnes de poissons importés. Il y a donc pour nous, un niveau atteindre et nous en sommes conscients. Et nous allons atteindre cet objectif d’ici 2030. Nous allons donc travailler à ce que les ivoiriens produisent énormément et faire en sorte que les produits aquacoles soient les plus demandés par les consommateurs en continuant à miser sur la qualité et sur le bio.
M. le secrétaire General, en dehors de l’obtention du décret de reconnaissance de votre interprofession, qu’attendez-vous désormais des autorités et pensez-vous avoir une oreille attentive pour une filière vue comme petite dans certains esprits ?
Pour répondre à cette question, nous allons d’abord saluer les efforts consentis par l’Etat de Côte d’Ivoire, surtout pour cette franche volonté de pousser les filières au développement. Ceci étant, il faut toute de suite savoir que pour passer au développement, il y a forcément des étapes. Un enfant ne commencera pas à courir s’il n’a pas appris à s’arrêter puis à marcher. La première étape importante pour notre filière, c’était de nous organiser.
L’Etat, à ce propos, a joué sa partition en nous aidant à nous organiser. Cela s’est traduit au final par l’obtention du décret pour l’initialisation de l’interprofession aquacole. Nous avons donc confiance à notre gouvernement et à notre ministre de tutelle. Et nous savons que les moyens seront mis en place pour qu’on puisse au mieux. Mais, en même temps, on n’a pas à tout demander à l’Etat. On demandera aux acteurs de s’impliquer sans toutefois oublier d’aller chercher aussi chez les investisseurs puis les institutions extérieures de financement et d’appui technique.
Toujours dans le chapitre de ce que fait déjà l’Etat, nous nous permettons de citer des projets en place. Nous appelons à ce propos les acteurs à y participer. Il y a par exemple le projet PDC2V qui est un projet d’évaluation financière dont nos acteurs ont pu bénéficier pour la cohorte 1 et la cohorte 2. Nous encourageons encore les acteurs ou toutes les personnes qui désirent s’investir dans l’aquaculture à approcher l’interprofession pour avoir toutes les informations utiles ou tout au mieux d’aller vers le PDC2V car bientôt sera ouvert la cohorte 3.
A côté de ce projet, il y a également le PRODECAP (Projet de Développement des Chaines de valeur Aquaculture et pêche) tenu par le ministère des ressources animales et halieutiques. C’est un financement d’environ 16 milliards sur l’économie bleue. Il y a encore autant de projets dans et pour le secteur. C’est tout simplement de demander aux acteurs un peu plus de patience et un peu plus d’engagement car l’Etat s’est déjà engagé et il reste aux acteurs de jouer leur partition.
Nous allons encore réitérer cet appel à tous les ivoiriens, dans tous les villages, les campements et même dans les villes à avoir des bassins, une ferme pour élever du poisson.
Vous appelez les acteurs et autres personnes désireuses de vous rejoindre à l’interprofession. Comment ses derniers pourraient avoir accès à vous ?
A ce niveau, il n’y a pas de soucis. INTERAQUA est situé à Abidjan, Cocody dans le quartier d’Abatta, carrefour Miami beach. Si un acteur veut investir, ce que nous recommandons est de contacter l’interprofession et en fonction de sa localisation sur le territoire ivoirien et de ses ambitions, nous allons l’accompagner. Nous avons (12) douze unions régionales d’aquaculture avec des coopératives dans chaque union. Chaque ivoirien pourrait donc pratiquer cette activité s’il le désire. Il suffit de s’approcher de l’interprofession où nous pourrons le mettre en contact avec une société coopérative proche de là où il souhaite pratiquer son activité. Et là, il pourrait avoir tout l’accompagnement qui suivra.
Un dernier mot ?
Nous pouvons ajouter pour finir que tous ceux qui prendront de leur temps pour venir nous visiter auront toutes les informations utiles sur l’activité et sur l’interprofession. Car en effet, il y a certains de nos concitoyens qui démarrent dans cette activité sans s’approcher des professionnels et après ils ont des échecs. C’est vraiment démotivant. Nous avons donc des professionnels qui peuvent accompagner tous ceux qui désirent investir dans l’aquaculture en Côte d’Ivoire pour l’atteinte de bons résultats à leur niveau.
Interview Réalisée par
Fulgence Wawa Jay
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