| vegetale | 18-05-2024 | 2.35K |
Le cacao est d’une importance économique capitale pour la Côte d’Ivoire. Ce pays demeure depuis plusieurs décennies le premier producteur et exportateur de fèves de cacao au monde. Une telle spéculation très sensible au vu du rang occupée et des retombées générées ne pouvait qu’attirer autant d’attentions. Pas un jour ne passe donc sans rumeurs (vraies ou fausses). Cela est d’autant plus vrai avec cette autre affaire dite de ‘‘guerre déclarée aux opérateurs d'origine libanaise’’ suite à une décision du Conseil du Café-Cacao. La Rédaction de latribuneagricole.ci, soucieuse de toujours mettre à la disposition du monde agricole et ses partenaires, des informations vraies ; s’est penchée sur cette situation afin de comprendre toutes ses composantes afin de situer ce qui est.
Ainsi, pour y arriver il est tout d’abord utile de rappeler après nos investigations que, pour chaque campagne, c’est l’État de Côte d’Ivoire qui fixe le prix bord champs garanti au producteur. En effet, de sources bien introduites, la Côte d’Ivoire, après avoir expérimenté divers systèmes de vente de son café et de son cacao, dont le système libéral qui rendait les planteurs ivoiriens vulnérables puisque leur survie dépendait des multinationales qui achetaient leur production selon le prix qu’elles voulaient bien fixer, contrôlant ainsi la filière, est revenu à un système de commercialisation stabilisé qui devrait garantir un prix au producteur.
Pour l’avis de plusieurs experts, cela répond à une volonté de l’État de protéger le million de petits producteurs ivoiriens des fluctuations du marché. Un marché international sur lequel le prix ne cesse de monter et de descendre.
« Ainsi, selon les années, si les cours du cacao sont bas, les producteurs ivoiriens, grâce au prix garanti, toucheront une meilleure rémunération ; si les cours sont hauts, comme c’est le cas en cette année 2024, alors cela bénéficiera aussi aux planteurs au cours de la prochaine saison, puisque les ventes de cacao sont anticipées : le cacao récolté en 2024 a été vendu par anticipation en 2023 ; tandis que le cacao qui sera produit en 2025 est déjà mis sur le marché actuellement » révèle une de nos sources aux départements de la Communication et de la Commercialisation Intérieure du Conseil du Café-Cacao.
Comme constaté, en effet, avec cette campagne de commercialisation 2023-2024, la grande campagne (du 1er octobre 2023 au 31 mars 2024), le prix fixé par l’État était de 1000 F CFA le kilogramme de cacao et, pour la petite campagne (du 1er avril au 30 septembre 2024), le prix fixé est de 1500 F CFA. Une première qui s’explique au regard de la hausse conjoncturelle du prix du cacao sur les marchés en début d’année.
Par ailleurs, la petite campagne produit généralement des fèves de petite taille dont le prix, par conséquent, est plus bas que pour la grande campagne. Or, ces dernières années, l’État ivoirien aura fait des efforts notables pour maintenir au même niveau les prix des deux campagnes. Et même plus, puisque, pour la première fois donc, en 2024, le prix fixé pour la petite campagne dépasse celui de la grande. Toute cette série d’actions et de décisions du gouvernement pour la bonne tenue de ce secteur, sous le regard vigilant du CCC en tant que « gendarme » de la filière.
Seulement que, et pour mettre le pied dans le plat concernant le sujet en question, il ressort de nos investigations que, faisant fi de la réglementation en vigueur pour cette petite campagne, certaines sociétés coopératives et certains opérateurs ne joueraient pas le jeu, attirant sur eux l’attention du gendarme de la filière qui leur aurait retiré leurs codes de vente et d’achat. Mais pourquoi ces coopératives ne pourraient-elles pas vendre leur cacao au-dessus du prix fixé aux opérateurs ? Car, après tout, qui ne voudrait pas vendre le fruit de son travail au prix le plus élevé possible ?
Contactées sur la question par La Tribune Agricole, les Directions de la Communication et de la Commercialisation Intérieure du Conseil du Café-Cacao ont tenu à nous expliquer ce qu’il en est.
Selon un des responsables des dites Directions, « Le Conseil du Café-Cacao organe de régulation de la filière réalise de façon périodique des opérations de contrôle auprès des opérateurs agréés de la filière café-cacao afin de s’assurer du respect des textes règlementaires qui encadrent la campagne de commercialisation du café et du cacao. Et les derniers contrôles réalisés ont permis d’identifier un groupe d’opérateurs (sociétés coopératives et acheteurs) s’adonnant à des pratiques qui violent les dispositions de la filière »
Avant de poursuivre que ces violations concernent « la rétention inexpliquée des stocks au-delà de la durée admise pour le portage des stocks ; la fraude massive sur les déclarations de volumes de produits certifiés pour bénéficier indûment de la prime de certification (au détriment des producteurs) ; des spéculations sur le prix du cacao à l’entrée des usines alors que le produit est acquis au producteur au prix du barème fixé à 1500 F CFA le kilogramme puis l’exportation illicite du café et du cacao vers la Guinée et le Liberia, ce qui constitue un manque à gagner de plusieurs milliards pour l’État de Côte d’Ivoire »
Face à toutes « ces pratiques illégales, Le Conseil du Café-Cacao a mis en application « les sanctions requises en la matière, notamment, la suspension des codes d’accès au système du Conseil du Café-Cacao, sans distinction d’ethnie, d’origine ou de nationalité des responsables des structures suspendues » souligne notre interlocuteur au CCC.
Avec ce qui précède, il est donc clair et important de souligner que Le Conseil du Café-Cacao n’a suspendu aucun opérateur parce qu’il pratiquerait des prix aux producteurs supérieurs au prix garanti du cacao fixé à 1500 F CFA le kilogramme. Car, les enquêtes réalisées sur le terrain ont révélé que les prix en zone de production sont conformes au prix garanti et qu’aucun producteur ne fait l’objet d’un sur-paiement de la part de ces opérateurs véreux.
La Tribune Agricole, en sus, a observé après les échanges que tous les opérateurs exerçant dans la filière café-cacao sont soumis à un agrément nécessitant un engagement au respect des dispositions réglementaires. Il paraît donc tendancieux de présenter les sanctions aux opérateurs de la filière comme étant dirigées vers une communauté donnée et pour une raison autre que celle qui a motivé la prise desdites sanctions, comme indiqué ci-dessus.
Pour ce qui est de l’affaire de la certification Fairtrade également soulevé par le confrère dans son article, après recoupement des informations à la possession de La tribune agricole, il est utile de savoir que c’est au mois d’avril 2024 qu’ayant fait le constat d’une déclaration massive de volume de cacao certifié Fairtrade dans le système de gestion de la commercialisation intérieure, Le Conseil du Café-Cacao avait mené des investigations qui avaient abouti à la découverte d’un réseau de blanchiment de stock de produit certifié tenu par certains opérateurs de la chaîne de commercialisation intérieure.
En effet, pour bénéficier indûment de la prime de certification, des opérateurs « malhonnêtes » collectent du produit ordinaire, donc non certifié, qu’ils déclarent par la suite sous label certifié Fairtrade.
Et c’est pour justement stopper cette arnaque que, « Le Conseil du Café-Cacao avait suspendu temporairement ce label de son système afin d’identifier et de sanctionner les opérateurs qui s’adonnaient à cette pratique qui met en péril la crédibilité du label » nous informe une autre source bien ancrée dans les systèmes de certification. Une décision, selon nos informations, qui avait été d’ailleurs soutenue par Fairtrade International puisqu’il en allait de la valeur de ses certifications.
Au regard de tout ceci, il est juste de dire que Le Conseil du Café-Cacao est donc bien dans son rôle de gendarme de la filière quand il s’agit de garantir une équité de traitement pour tous les opérateurs de la filière, de même que de s’assurer que les bonnes pratiques agricoles et commerciales sont respectées par tous les acteurs de la chaîne, quels qu’ils soient. Il serait donc inopportun et malsain de vouloir jeter la pierre à une institution qui s’efforce de faire ce pourquoi elle existe.
Par ailleurs et toujours selon un des responsables des Directions suscitées pour nos investigations, Le Conseil du Café-Cacao se réserve le droit d’engager des poursuites contre les auteurs d’articles qui sont de nature à ternir son image dans l’exercice de ses missions régaliennes.
Par Fulgence Wawa Jay
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