| animale/halieutique | 26-04-2023 | 107 |
Photo : Dr Allou Kouassi (au micro), responsable département au CNRA, chargé de la formation scientifique et des relations avec les Universités et grandes écoles
« La Côte d’Ivoire et le défi de la souveraineté alimentaire durable : Contribution du CNRA ». Tel est le thème de la conférence animée, à l’ouverture de la 2è édition de AGRIFINANCE FORUM 2023 qui se tient depuis hier, mardi 25 avril à Abidjan, précisément à l’auditorium de l’immeuble CAISTAB au Plateau, par Dr Allou Kouassi, responsable département au CNRA, chargé de la formation scientifique et des relations avec les universités et les grandes écoles.
Il ressort de l’exposé du Dr Allou Kouassi que les crises économiques et les périodes d’instabilité de 1999 à 2011 ont affecté, voir détruit en partie les acquis de la Côte d’Ivoire en matière agricole.
Ce qui s’est traduit selon lui par la baisse de production, l’insécurité alimentaire, l’importation des denrées, l’inflation …
Pour revitaliser l’agriculture, le Gouvernement toujours selon lui a initié les PNIA I et PNIA II qui ont été malheureusement affecté par la COVID-19 et récemment la guerre en Ukraine.
Face à cette situation, l’Etat, aux dires du Dr Allou a initié des programmes d’urgence (PURGA 1 et 2, 2PAU, ...), des programmes de réhabilitation des infrastructures et équipement de recherche (PDC2V, BID...), des programmes de souveraineté alimentaire en partenariat (CAMPOS, TWIGA, MITRELLI, OCP...), etc. pour nourrir les populations, réduire la dépendance de l’extérieur, assurer des emplois aux jeunes et aux femmes et maîtriser l’inflation.
Tous ces programmes impliquent les structures de recherches et de développement (CNRA, ANADER, BNEPT, ADERIZ, OCPV ect).
Apports du CNRA pour booster la production alimentaire et nutritionnelle
Riz
Selon le responsable département au CNRA, chargé de la formation scientifique et des relations avec les universités et les grandes écoles, pour produire suffisamment de riz et couvrir les besoins de la population ivoirienne qui est estimée à 2 500 000 T/an de riz blanchi, les besoins afférents en semences prébases, bases et certifiées sont respectivement de 18,93 tonnes, 811,8 tonnes et 34 369 Tonnes. Ces quantités peuvent être fournies par le CNRA pour 8 variétés prisées par les populations.
Notamment C26, CY2, BOUAKE AM, WITA 9 (riz irrigué et/ou de bas-fond) ; WAB638-1 (exclusivement pour le riz de bas-fond) et ; WAB56-50, CRAM 3 et CRAM4 (riz de plateau ; pluvial strict).
Toujours selon lui, les rendements de ces variétés varient : de 4 à 6 T/ha pour les variétés irriguées et de bas-fond ; de 2,5 à 3,5 T/ha pour le riz pluvial. En plus de ces variétés proposées, le CNRA dispose aussi de toutes les variétés répertoriées dans le catalogue national et possède des sites à aménager à Gagnoa, Man, Abengourou, San-Pedro, Soubré…
Maïs
Pour atteindre l’autosuffisance alimentaire, la Côte d’Ivoire devrait aux dires du conférencier, produire au moins 1 100 000 T/an de maïs.
Ce qui équivaudrait pour le CNRA à produire environ 200 tonnes de semences de prébase pour les multiplicateurs à partir de 2 variétés avec un cycle de 3 mois. Le rendement de ces deux variétés est 5 à 6 t/ha.
Pour y parvenir, « le CNRA dispose de sites et pourra encadrer ces producteurs de semences pour fournir aux producteurs au moins les 1500 T/an de semences certifiées.
En plus des semences prébases, le CNRA peut valoriser ses sites de Ferké, Lataha, Foro Foro, Divo et Soubré pour produire des semences certifiées en complément de ceux que les multiplicateurs vont fournir pour garantir les besoins des producteurs ».
Igname
Pour améliorer la production d’igname et garantir sa disponibilité toute l’année en quantité suffisante, la Côte d’Ivoire devrait, selon le Dr Allou, doubler sa production d’ici 2025 à 16 000 000 tonnes/an.
« Il s’agira de produire suffisamment de semences à partir de la vitro-culture ».
Le CNRA qui maîtrise cette technique se propose de produire 343 000 000 de vitroculture, miniset ou bouturage chaque année à multiplier et pourvoir au besoin des producteurs.
Les variétés améliorées produisent entre 20 et 40 T/ha contre les variétés traditionnelles qui fournissent 10 T/ha.
Manioc
Pour que la Côte d’Ivoire puisse produire en autosuffisance 6 670 000 T/an de manioc, elle aura besoin de 25 000 000 000 de boutures, selon le conférencier.
« Le CNRA peut permettre de disposer de cette quantité en utilisant la vitro-culture et le recépage qui permettront de produire annuellement 500 000 000 vitroplants.
Ces boutures peuvent provenir de 6 variétés prisées : les Bocous (CNRA), Yavo, Olékanga (centre suisse) et les Bahiri (traditionnelle) après assainissement au labo. Les rendements de ces variétés varient entre 30 t/ha et 40 t/ha) contre les variétés traditionnelles (10 à 20 T/ha) ».
Bananier plantain
Selon le conférencier, les besoins à combler sont estimés au moins à 300 000 tonnes/an de production, soit 4 000 ha en culture permanente.
La production ivoirienne de plantain a besoin d’être permanente toute l’année. A cet effet, le CNRA propose, en plus des exploitations conventionnelles, les plantations contre saison ou irriguées.
L’option choisie est de coupler à la production de vivo-plants la fourniture de vitro-plants.
Les deux options devront permettre de produire annuellement 300 000 vitroplants, 1 000 000 vivoplants de bananier plantain. Chaque pied de bananier peut fournir 10 à 50 plants.
Les variétés améliorées FIHA et PITA ont des rendements variant de 75 T/ha. Ces quantités de plants permettront de créer au moins 4 000 ha de contre saison ou irrigués qui produiront annuellement 300 000 T de banane supplémentaires pour atteindre les besoins des populations estimés à 2 100 000 T/an.
Cultures maraîchères
Dr Allou affirme que les semences de base nécessaire aux multiplicateurs (500 kg d’aubergine, 500 kg de gombo, 500 kg de piment, 500 kg de tomate, 7,5 tonnes de niébé et 15 tonnes de soja), sont mises à la disposition chaque année.
« Il faut 40 producteurs semenciers issus des grandes zones de production du pays à former par le CNRA et installés pour la production des semences commerciales certifiées (R1 et R2). Les producteurs de masse disposent des équipements, infrastructures de conservation et systèmes adéquats pour la production de qualité en vue d’approvisionner les marchés. Les semences améliorées du CNRA font le double ou le triples de celles des variétés traditionnelles selon la culture », ajoute-t-il.
Fruits et agrumes
Dr Allou affirme que pour booster la production de fruits et agrumes, le CNRA peut produire des semences et plants pour atteindre une production de 100 000 T/an.
Un appui technique est apporté aux producteurs/pépiniéristes pour multiplier ces semences de papaye et plants de mangue et d’agrumes. Il faudrait alors au CNRA de réhabiliter ses vergers et infrastructures, maintenir les ressources génétiques ect.
« Le CNRA pourra alors annuellement fournir 500 000 plants de mangue Kent, 500 000 plants de papaye et 500 000 plants d’agrumes. En plus du potentiel de production de matériel végétal amélioré. Le CNRA dispose d’un personnel qualifié, environ 200 chercheurs et environ 100 thésards par an dans un effectif à renforcer d’environ 2000 travailleurs qui sont des experts dans divers domaines agricoles. Le CNRA a déjà mis au point des itinéraires techniques et des innovations au niveau des principales spéculations qui permettent aisément de soutenir la stratégie de la souveraineté alimentaire », se réjouit-il.
En somme, au regard de la volonté politique exprimée pour la souveraineté alimentaire et nutritionnelle, le Gouvernement, à travers le MEMINADER travaille à réunir les moyens financiers et techniques à mettre à la disposition du CNRA, pour qu’il joue pleinement sa partition dans le combat pour la souveraineté alimentaire et nutritionnelle de la Côte d’Ivoire.
Evariste N’Guessan
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