| vegetale | 16.03.2026 | 54 |
Un paradoxe national persistant
Il ressort d’une étude menée par le cabinet ISTRADEV Consulting que la Côte d'Ivoire présente, en matière rizicole, un paradoxe qui interpelle tout observateur averti : le pays est doté de tous les atouts naturels pour atteindre l'autosuffisance alimentaire en riz - avec environ 23 millions d'hectares de terres arables, une pluviométrie oscillante entre 1 200 et 2 400 mm selon les zones, un réseau hydrographique dense, une main-d'œuvre agricole représentant 40 % de la population active, mais reste fortement dépendant des importations pour nourrir sa population. En 2023, toujours selon cette étude, le taux de couverture des besoins nationaux s'établit à 63 %, avec une production nationale de riz blanchi estimée à 1,55 million de tonnes pour des besoins de consommation de 2,46 millions de tonnes, soit un déficit couvert par environ 909 000 tonnes de riz importé, représentant une sortie de devises estimée à 250-300 milliards de FCFA par an. Cette hémorragie de devises constitue une ponction permanente sur la richesse nationale. « Nous avons tout pour réussir. La terre, l'eau, les bras… et pourtant nous échouons depuis quarante ans à atteindre l'autosuffisance en riz. Ce n'est pas un problème de potentiel agronomique, c'est un problème de règles du jeu », indique un haut responsable du ministère de l'Agriculture, sous le couvert de l’anonymat.
Résultats du diagnostic : le cercle vicieux de la non-compétitivité
Selon Diaby Karamoko BA, directeur général dudit Cabinet qui a mené cette étude, l'apport majeur du diagnostic est d'avoir révélé que les difficultés de la filière ne résultent pas de défaillances isolées, mais d'un système de contraintes auto-renforçantes qui se reproduit d'une campagne à l'autre selon la logique suivante : Importations massives à 0 % de droits ; prix bas et volatils du riz local ; revenus producteurs insuffisants et imprévisibles ; sous-investissement (intrants, mécanisation, qualité) ; faibles rendements et qualité médiocre ; non-compétitivité face au riz importé ; préférence des consommateurs pour l'importer ; importations massives non régulées… Ce cercle vicieux est alimenté par quatre défaillances structurelles majeures :
Absence de Protection tarifaire
Selon toujours cette étude, l'Ordonnance n°2008-219 du 16 juillet 2008, mesure d'urgence temporaire face à la crise alimentaire mondiale, demeure en vigueur 17 ans plus tard, privant la filière de toute protection douanière. La Côte d'Ivoire applique un droit effectif de 0% sur le riz blanchi, contre 10 à 35 % chez ses voisins de la sous-région, créant une concurrence déloyale structurelle. Cette anomalie prive le budget de l'État de 65 à 70 milliards de FCFA de recettes annuelles.
Volatilité extrême des prix
En l'absence de tout mécanisme de stabilisation, les prix du paddy oscillent entre 140-170 FCFA/kg en période de récolte (octobre-décembre) et 240-280 FCFA/kg en période de soudure (juillet-août), soit une amplitude saisonnière de 40 à 60 %. La compétitivité prix du riz local reste néanmoins un atout structurel : le riz local s'écoule en moyenne à 458 FCFA/kg, contre 566 FCFA/kg pour le riz d'importation, ce qui confirme qu'il est plus compétitif en termes de prix à qualité comparable. Cette instabilité contraint malgré tous les producteurs à des ventes de détresse au moment précis où ils doivent rembourser leurs crédits d'intrants, décourageant tout investissement productif.
Sous-investissement chronique dans l'outil productif
Les chiffres sont éloquents : les 790 000 hectares emblavés en 2023 sont exploités à une large majorité par de petits producteurs avec des superficies moyennes de 1,1 à 1,3 ha ; le taux de mécanisation ne couvre pas 5 % des besoins réels ; seulement 4,2 % des superficies emblavées sont en situation de maîtrise de l'eau (riziculture irriguée), sur un potentiel exploitable de 55 000 ha aménagés dont 22 000 ha à réhabiliter immédiatement ; moins de 10 % des besoins en semences améliorées sont couverts. La capacité industrielle de transformation dépasse nominalement 5 millions de tonnes de paddy par an (soit environ 3,3 millions de tonnes de riz blanchi), mais le taux de fonctionnement effectif des unités ne s'établit qu'à 52 %, faute d'approvisionnement suffisant et régulier en paddy. Le riz local souffre encore d'un déficit qualitatif structurel (taux de brisures de 25-35 % contre 8-15 % pour le riz importé), même si des progrès notables ont été réalisés sur le packaging et le blanchiment permettant une meilleure compétitivité visuelle dans les circuits formels, avec plus d'une centaine de marques locales présentes dans les supermarchés d'Abidjan.
Faiblesse institutionnelle et absence de financement pérenne
Cette même étude relève que l'OIA-Riz ne dispose d'aucun levier coercitif sur ses membres. Le mécanisme d'extension des accords interprofessionnels n'a jamais été activé, rendant les prix indicatifs purement consultatifs. Par ailleurs, les circuits de commercialisation du riz local restent peu structurés : 40 à 50 % du riz produit est autoconsommé ou vendu sur les marchés ruraux, 30 à 40 % passe par des circuits informels urbains, et seulement environ 10 % transite par les circuits formels. Seuls 8 à 12 % des riziculteurs accèdent au crédit formel.
Problèmes récurrents de santé publique liée à la production et la mise en marché du riz paddy
C'est une problématique qui reste entière dans la gestion globale de la filière. Elle prend ses racines au niveau des activités de production avec la vente illicite des intrants sur les marchés ruraux (pesticides non homologués, semences avariées, herbicides, etc), se poursuit au niveau de la manutention, conservation et transformation avec des pratiques de séchage direct de riz paddy sur terre battue bitumée ou non, le conditionnement dans des sacs de fortune et elle prend fin dans des conditions de stockage loin des normes sanitaires.
Des expériences régionales
Les cas des pays tels le Sénégal, le Ghana et le Burkina Faso en sont la parfaite illustration. Ainsi, comme mécanisme clé, ces pays enregistrent respectivement, une Interprofession forte (CNIR), un prix plancher garanti, un stock régulateur en ce qui concerne le Sénégal. Pour le Ghana, NAFCO + ratio conditionnalité local/import. Quant au Burkina Faso, la taxe parafiscale est dédiée (CSI) sur importations. Notons le Fonds de compétitivité de 500-600 M USD/an pour la Philippines. Comme résultat, une autosuffisante en progression constante au Sénégal, un marché captif de 300-400 kt/an au Ghana, un financement pérenne, indépendant du budget de l'État pour le Burkina Faso et surtout une transformation structurelle de la filière au Philippines. Enseignement clé : la Côte d'Ivoire dispose du potentiel agronomique. Ce qu'elle n'a pas encore, ce sont les règles du jeu qui font fonctionner ces potentiels ailleurs. C'est précisément l'objet du dispositif proposé. Le constat d'ensemble s'est traduit par un besoin de projection formulée en ambition pour apporter des réponses à l'ensemble des insatisfactions identifiées. Cette ambition est portée par une vision qui elle-même est déclinée en axes stratégiques d'intervention. Ces axes font porter les outils de régulation.
Vision et stratégie : Une ambition réaliste
Sur la base des constats diagnostiques, et en alignement avec les orientations stratégiques officielles de la SNDR 2 (2024-2030), la présente étude propose la vision stratégique suivante : « La Côte d'Ivoire assure sa souveraineté alimentaire rizicole par une filière nationale compétitive, stable et inclusive, capable de couvrir l'intégralité de ses besoins de consommation en riz blanchi de qualité dès 2027, et de se positionner comme exportateur régional à l'horizon 2030 ». Cette vision s'articule autour de trois objectifs stratégiques interdépendants. Ils doivent être poursuivis simultanément, car l'autosuffisance sans stabilité des prix serait insoutenable pour les producteurs ; la stabilité sans compétitivité qualitative ne créerait pas de débouchés durables ; la compétitivité sans autosuffisance laisserait le marché dominé par les importations.
Prix Plancher Garanti (PPG) indispensable
Cette étude révèle qu’en l'absence de prix plancher, les producteurs vendent à vil prix au moment de la récolte, lorsque l'offre est abondante et qu'ils doivent rembourser leurs crédits d'intrants. Cette vente de détresse détruit la rentabilité de la riziculture et décourage tout investissement productif. Par exemple, l'ADERIZ fixe un prix minimum d'achat garanti à 200 FCFA/kg de paddy pour la campagne 2026, révisable annuellement (calculé sur un coût de production de 145-160 FCFA/kg + marge de 25 %). Ce prix est activé automatiquement lorsque le prix moyen constaté sur les marchés de référence descend sous le plancher pendant 2 semaines consécutives, surveillé par un réseau de 50 points de collecte dans les 10 pôles rizicoles.
Pourquoi le stock tampon Stratégique est indispensable
Le prix plancher ne peut fonctionner sans mécanisme d'absorption des surplus. Le stock tampon remplit cette fonction tout en assurant la sécurité alimentaire nationale face aux chocs exogènes. Il s'articule avec le projet de construction de 10 silos polyvalents d'une capacité totale de 330 000 tonnes conduit par l'ADERIZ en partenariat avec Arab Contractor. Constitution d'une réserve physique de 150 000 tonnes de riz blanchi (67 jours de consommation), composée à 70% de riz local et 30 % de riz importé, gérée selon le principe FIFO avec rotation obligatoire d'au moins 80 %/an. Le projet ADERIZ/Arab Contractor de 10 silos polyvalents (9 silos de 30 000 t+1 silo de 60 000 t 330 000 t de capacité totale) constitue l'infrastructure de conservation prioritaire pour alimenter ce dispositif de stock tampon. L'opérationnalisation progressive de ces silos est intégrée au calendrier de mise en œuvre. Coûts : CAPEX infrastructure 23,5 Mds FCFA + CAPEX silos selon accord Arab Contractor + OPEX annuel 5,5 Mds FCFA (gardiennage, maintenance, assurance, pertes estimées à 2 %). Constitution progressive : 50 000 t (2026) ? 100 000 t (2027) ? 150 000 t (2028).
Pourquoi la protection tarifaire modulée est-elle indispensable
Tant que le riz importé arrive moins cher à Abidjan que le riz ne peut sortir des usines ivoiriennes, aucune amélioration de productivité ne peut suffire à rendre la production locale compétitive. La protection tarifaire corrige cette distorsion structurelle. Pour son bon fonctionnement, l’étude propose un rétablissement des droits de douane CEDEAO, modulés selon le calendrier cultural pour protéger les producteurs sans pénaliser les consommateurs en période de soudure. Ce dispositif génère 60-70 Mds FCFA/an de recettes, affectées à 100 % au FADSR, permettant ainsi l'autofinancement quasi-intégral de la stratégie. Compatibilité régionale : le TEC CEDEAO autorise des mesures de sauvegarde en cas de perturbation du marché (Art. 9 Règlement TEC) ; le plafonnement à 15% reste dans les limites autorisées. Une notification préalable à la Commission CEDEAO sécurisera juridiquement le dispositif. Prérequis législatif : abrogation de l'Ordonnance n°2008-219.
Pourquoi la conditionnalité des Importations (Système de Jumelage) est-elle indispensable
Les importateurs contrôlant l'essentiel des volumes n'ont aujourd'hui aucune obligation envers la filière locale. Avec un stock en réserve estimé à environ 500 000 tonnes début 2025, les importateurs disposent d'une capacité de marché considérable qui doit être mise au service du développement de la production nationale. Ce mécanisme les transforme en partenaires obligés du développement de la production nationale. Ainsi, tout importateur sollicitant une autorisation d'importation doit justifier d'achats préalables de riz local certifié, selon un ratio progressif. Trois options lui sont offertes : d’abord, l’achat direct de riz local auprès de fournisseurs agréés (coopératives, transformateurs) ; ensuite, la contribution financière au FADSR (450 FCFA/kg x tonnage obligation) intentionnellement majorée de 12,5 % pour inciter l'option 1 et enfin, l’investissement dans la transformation locale (crédité sur 3 ans).
Dispositifs complémentaires de sécurisation de la filière
Contractualisation tripartite (coopérative-usine-banque) avec :
•Prix minimum garanti au producteur : Max (Prix plancher OIA-Riz ; Prix marché spot-5%) + prime qualité (jusqu'à +15 FCFA/kg pour le Grade 1) ;
•Préfinancement partiel de la campagne par le transformateur (20 % à la signature,30% en début de campagne, solde de 50 % à la livraison) ;
•Garantie FADSR à 50 % des préfinancements accordés ;
•Arbitrage accéléré des litiges par commission paritaire OIA-Riz (sentence rendue sous 30 jours).
L'approche de l'Agrégateur promue par la SNDR 2 est intégrée dans ce dispositif contractuel: l'usinier-agrégateur assure la maîtrise des flux financiers et matières entre producteurs fournisseurs de paddy et distributeurs de riz blanchi, dans le cadre d'une contractualisation verticale sur des sites de 500 à 1 000 ha par zone de production. Objectif : faire passer le taux d'utilisation des capacités de transformation de 52 % à 80% d'ici 2027.
Assurance agricole
Extension du dispositif DAAI-CI avec subvention des primes à 50-60 % (FADSR Ligne A). Trois produits indiciels sécheresse (<70 % de la pluviométrie normale), inondation (>150%+ durée de submersion), multirisque. Cible : 200 000 riziculteurs assurés en 2030, contre 15 600 aujourd'hui.
Mécanisme de warrantage
Le producteur dépose son paddy en entrepôt agréé et obtient un crédit représentant 60-70% de la valeur, lui permettant de différer sa vente à une période de prix plus favorable. Réseau cible : 150 entrepôts certifiés d'ici 2030 (capacité 500 000 t warrantables), en cohérence avec le projet de 10 silos ADERIZ/Arab Contractor de 330 000 t.
Label « Riz de Côte d'Ivoire »
Marque ombrelle nationale garantissant une origine 100 % ivoirienne et une qualité minimale (Grade Standard : brisures <15 %, impuretés <0,5 %).
Conclusion générale
Les résultats des travaux de l'étude mettent en exergue selon le cabinet ISTRADEV Consulting, un paradoxe national persistant : celui d'un pays doté d'atouts agronomiques exceptionnels mais qui demeure structurellement dépendant des importations pour assurer la sécurité alimentaire de sa population. Cette dépendance, qui se traduit par une facture d'importation annuelle estimée à 250-300 milliards de FCFA pour environ 909 000 tonnes importées en 2023, constitue une vulnérabilité souveraine majeure dans un contexte géopolitique mondial de plus en plus incertain. Dans la pratique on note principalement les fondamentaux suivants :
Synthèse des constats diagnostiques et défaillances structurelles
Le diagnostic exhaustif réalisé en première phase a permis d'identifier et de documenter quatre défaillances structurelles majeures qui alimentent le « cercle vicieux de la non-compétitivité » de la filière rizicole ivoirienne.
-Premièrement, l'absence de protection tarifaire résultant de la suspension des droits de douane depuis 2008 crée une concurrence déloyale insurmontable pour les produits locaux.
-Deuxièmement, la volatilité excessive des prix domestiques, caractérisée par une amplitude saisonnière de 40 à 60 %, fragilise les revenus des producteurs sur 790 000 ha rizicoles et décourage tout investissement productif-malgré un avantage prix structurel du riz local (458 FCFA/kg vs 566 FCFA/kg pour l'importer) qui reste insuffisamment valorisé.
-Troisièmement, le sous-investissement chronique dans l’appareil productif se manifeste par une mécanisation couvrant moins de 5 % des besoins réels, et par un taux de fonctionnement des unités de transformation de seulement 52 %, malgré une capacité nominale supérieure à 5 millions de tonnes de paddy.
-Enfin, quatrièmement, la faiblesse institutionnelle, marquée par une interprofession sans pouvoir coercitif et l'absence de mécanismes de financement pérennes, prive la filière de la gouvernance nécessaire.
Des mesures correctives :
Le dispositif de régulation proposé est une réponse systémique en quatre axes (avec ses déclinaisons), pour corriger ces situations d'insatisfaction.
L'Axe 1 cible les améliorations structurelles et opérationnelles de l'offre productive, par la modernisation de la chaîne de valeur et l'opérationnalisation des PMEA selon le modèle de l’agrégateur de la SNDR 2.
L'Axe 2 déploie des instruments de régulation du marché robustes visant à stabiliser les prix et protéger la production nationale.
L'Axe 3 introduit des mesures incitatives audacieuses pour le secteur privé. Enfin, l'Axe 4 instaure une gouvernance digitale moderne, pilier de transparence et d'efficience.
Le FADSR : clé de voûte financière
La force majeure et l'originalité du dispositif résident dans son autofinancement structurel via le Fonds d'Appui au Développement et à la Stabilisation de la Filière Riz (FADSR). Cette société d'État à caractère industriel et commercial, dotée d'une architecture innovante à deux lignes budgétaires étanches, garantit la pérennité du financement :
?Ligne A (Stabilisation) : 58 Mds FCFA/an, soit 290 Mds sur 5 ans, alimentée par la taxe parafiscale sur les importations, dédiée aux achats garantis, au stock tampon et aux subventions récurrentes.
?Ligne B (Développement): 358 Mds sur 5 ans, alimentée par les emprunts et les financements PTF, dédiée aux investissements structurants (irrigation, PMEA, infrastructures, silos). Le principe d'étanchéité inscrit dans la loi de création garantit que les urgences de court terme ne compromettent jamais les investissements de long terme. L'articulation claire entre l'ADERIZ (qui décide et régule) et le FADSR (qui opère et finance) assure l'efficacité opérationnelle du dispositif. L'effet de levier est remarquable : pour 80 milliards FCFA d'investissement direct de l'État sur 5 ans, le FADSR mobilise plus de 770 milliards FCFA au total-un ratio de 1:9,6. Ce montant doit être mis en regard des 250-300 milliards FCFA dépensés chaque année en importations de riz. A cela il faut ajouter le bonus que pourrait engendrer la présence du CONANUT avec la donne de riz fortifié qui va impacter la santé publique.
Résultats attendus et trajectoire 2026-2030
La mise en œuvre rigoureuse de ce plan permettra de poursuivre des objectifs projetés et d'atteindre des résultats quantifiés ambitieux suivants :
•Production nationale : de 1,55 Mt à 2,66 Mt de riz blanchi dès 2027, puis 3,55 Mt en 2030
•Taux de couverture des besoins de 63% à 97,6 % en 2027, puis 117,2 % en 2030
•Rendements moyens 4,0 t/ha en 2027, 4,5 t/ha en 2030
•Pertes post-récolte : de 29 % à moins de 12 %
•Importations : de 909 000 t à moins de 400 000 t en 2027, puis moins de 200 000 t en 2030.
•Économie de devises : 150-200 Mds FCFA/an dès 2027
Conditions de réussite
La réussite de cette transformation exige la prise rapide de six décisions politiques majeures, notamment l'abrogation de l'Ordonnance n°2008-219 suspendant les droits de douane et la création législative du FADSR. Sur le plan de la gouvernance, le renforcement institutionnel de l'ADERIZ et la généralisation de la contractualisation sont des prérequis indispensables.
Vision à long terme
Au-delà de 2027, la consolidation de ces acquis positionnera la Côte d'Ivoire non plus comme importateur net mais comme exportateur régional de riz vers le marché ouest-africain. Le label « Riz de Côte d'Ivoire » deviendra un gage de qualité reconnu dans la sous-région. Finalement, l'exercice réalisé démontre que l'autosuffisance en riz n'est pas une utopie mais un objectif réaliste et planifiable à l'horizon 2027. La combinaison d'une volonté politique forte, matérialisée par des décisions courageuses de régulation, et d'un dispositif technique et financier cohérent-adossé aux capacités industrielles et institutionnelles déjà constituées (plus de 5 Mt de capacité de transformation nominale, 55 000 ha de périmètres aménagés, 450 mini rizeries modernes, plateforme RIZ-DIGIT)-permet d'envisager une transformation profonde et irréversible de la riziculture ivoirienne. En adoptant cette feuille de route, la Côte d'Ivoire fait le choix souverain de reprendre la maitrise de son destin alimentaire dès fin 2027 en convertissant son potentiel naturel exceptionnel en véritable levier de prospérité économique et sociale. Rappelons que le Programme d'appui au développement des filières agricoles (PADFA) est un projet initié par l'Etat de Côte d'Ivoire et cofinancé par le Fonds international de développement agricole (FIDA), le Fonds de l'OPEP pour le développement international (OFID) à hauteur de 70.34 millions d'USD. L’objectif général du Programme d’appui au développement des filières agricoles (PADFA) est d’améliorer durablement la sécurité alimentaire et les revenus des exploitations agricoles tirés des filières agricoles dans les régions de Bagoué, Poro, Tchologo, Hambol et Gbêkê au Nord et Centre de la Côte d’Ivoire. Ces régions sont caractérisées par une plus grande incidence de la pauvreté, mais elles offrent cependant un grand potentiel dans la production de riz, des produits maraîchers et de la mangue. Pour la filière riz, au nombre des activités destinées à améliorer la productivité et la mise à marché de riz produit localement de qualité, figure l’étude sur la mise en place d’outils de régulation du marché du riz en Côte d’Ivoire. Elle a été diligentée par le Programme d'Appui au Développement des Filières Agricoles (PADFA), en partenariat avec le MINADERPV notamment la Direction Générale de la Promotion de la Riziculture (DGPR). Le cabinet ISTRADEV Consulting a été recruté pour la conduire et a livré le résultat de ses travaux en deux rapports d’étapes. Le premier rapport, a permis d’établir un diagnostic exhaustif de la filière rizicole ivoirienne. Il présente l’analyse du cadre institutionnel, juridique et fiscal, les résultats d’un benchmark international des mécanismes de régulation, examine la compétitivité et les dynamiques de marché, évalue les politiques de promotion et les systèmes d'information, et identifie les contraintes structurelles à tous les niveaux. Le second rapport a proposé sur la base de ce diagnostic, un dispositif intégré de régulation et de gouvernance adapté au contexte ivoirien, incluant les instruments de régulation du marché, les mesures incitatives, les réformes institutionnelles et réglementaires nécessaires, ainsi qu'un plan de mise en œuvre opérationnel. Après la soumission du rapport provisoire intégrant les informations de ses rapports d’étape, vient l’organisation de cet atelier réunissant l’ensemble des parties prenantes de la filière rizicole. Il est destiné à s’assurer que les propositions sont alignées avec la politique gouvernementale et à favoriser l’appropriation des résultats par les parties prenantes.
Brice Biakpa
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