| vegetale | 22.02.2026 | 26 |
Le mardi 17 février 2026, producteurs, pisteurs, acheteurs et exportateurs, venus de Baplé, Siélékaha, Zanakaha, Krignardaogo, Nadonavogo, Nouplé 1 er 2, Nilévogo, Nidinkaha, Ziémogokaha…, près de 16 villages et campements de la sous-préfecture de Sohouo, située à 15 km de Korhogo, chef-lieu de région pour écouter les émissaires du Conseil Coton Anacarde Karité, venus les sensibiliser à l'Amélioration et la Préservation de la Qualité des Noix Brutes de Cajou. Sous des anacardiers, dans une plantation locale, les équipes de sensibilisation ont réalisé des démonstrations sur les bonnes pratiques de récolte et post-récolte pour obtenir la qualité. En effet, première productrice mondiale d'anacarde avec plus de 1,5 million de tonnes récoltées en 2025, la Côte d’Ivoire qui, à travers cette performance, gagne le pari de la quantité, lorgne aujourd’hui celui de la qualité. À Sohouo, les techniciens de l'ANADER et les chercheurs du Programme national de recherche sur l'anacarde (PNRA) ont passé près de quatre heures au contact des producteurs afin de leur expliquer concrètement comment passer d'une production abondante à une production d'excellence. Représentant M. Mamadou Berté, Directeur Général du Conseil, Dr Ouattara GNIRE Mariam, Directrice de la Production et de la Durabilité, a insisté sur la nécessité d’allier volume et qualité : « Si la Côte d’Ivoire a atteint une production nationale de plus de 1 500 000 tonnes en 2025, il est essentiel que la quantité s’accompagne de qualité pour maintenir le prix bord champ et renforcer la compétitivité de la filière sur les marchés ». « Nous conseillons aux producteurs de bien évaluer leur produit avant de vendre, de discuter du prix et de négocier une revalorisation pour les noix bien triées et bien séchées », a insisté Soro Kolotioloma. Car le prix de 400 francs CFA le kilo, fixé pour la campagne, s'applique aux noix de qualité. Celles qui ne répondent pas aux critères se vendront moins cher, voire ne trouveront pas preneur. Interrogé sur l'état actuel des vergers, le responsable de l'ANADER a pointé un problème majeur : la densité excessive des plantations. Beaucoup de champs sont touffus, avec un nombre d'arbres bien supérieur aux 100 pieds recommandés à l'hectare. Dans ces conditions, l'humidité stagne, les maladies se développent, les insectes prolifèrent. « Nous conseillons aux producteurs de procéder à la réduction de la densité, ce qui permet d'aérer la plantation et d'éviter les problèmes sanitaires », a expliqué Soro Kolotioloma. Cette opération, appelée réhabilitation, a un double effet bénéfique : elle améliore la santé des arbres et optimise leur rendement. « Quand on réduit le nombre d'arbres, on produit en quantité et en qualité », a-t-il résumé. Le Professeur Soro Sibirina de l’Université Jean Lorougnon Guédé de Daloa, coordonnateur du Programme national de recherche sur l’anacarde, a rappelé l’importance des stratégies de lutte biologique et agronomique pour produire des noix saines. Comme innovation cette année, un accent particulier est mis sur la consommation locale des produits dérivés de l'anacarde, à travers des séances de présentation, de formation et de dégustation de mets tels que la bouillie, l'alloco, le claclo, des beignets et d'autres spécialités à base d'anacarde. À travers cette initiative, le Conseil Coton Anacarde Karité et ses partenaires encouragent les acteurs à mieux produire, mieux commercialiser, promouvoir la transformation et la consommation locale, afin de garantir un développement durable et compétitif de la filière.
Relever le défi de la qualité
Le mercredi 18 février, cap a été mis sur la sous-préfecture de Boron, située à 50 km de Dikodougou. Là aussi, producteurs, pisteurs, acheteurs et exportateurs, venus de Bolam, Marah, Farakoro, Bissidougou, Gbondougou, Ouattaradougou… ont répondu à l’appel du Conseil Coton Anacarde Karité et ses partenaires techniques et financiers. Ce, autour d’un enjeu central : faire de la qualité un standard opérationnel et non une option. « Nous enseignons aux producteurs les stratégies de gestion pour une noix de bonne qualité, en gérant le verger aux niveaux sanitaire, cultural et post-récolte », a expliqué Dr Soro Sibirina, enseignant-chercheur à l'université Jean Lorougnon Guédé de Daloa et coordinateur du Programme national de recherche sur l'anacarde (PNRA). Ce dernier a développé des stratégies de lutte biologique pour produire des noix de qualité, exemptes de maladies et de ravageurs. L'approche privilégie les méthodes biologiques et agronomiques, sans recours systématique aux produits chimiques. La lutte biologique passe par l'utilisation de biopesticides, formulés par la recherche ou par des firmes spécialisées. Ces produits sont testés chaque année en laboratoire et en plantation avant d'être recommandés aux producteurs. La lutte agronomique, quant à elle, repose sur la mise en place correcte des parcelles, avec des écartements adaptés et une densité maîtrisée. La mission technique, conduite par Soro Klotioloma, Coordonnateur national des filières Coton, Anacarde, Mangue et Foresterie à l’ANADER, a permis une démonstration pratique et pédagogique distinguant les noix conformes des noix déclassées, avec un accent sur les critères déterminants : maturité, taux d’humidité, tri rigoureux et stockage adapté. Placide Gnohou, Sous-préfet de Boron a invité l’ensemble des acteurs à intégrer la qualité comme un réflexe quotidien, condition indispensable pour garantir un prix rémunérateur et préserver la crédibilité des zones de production sur le marché national.
Des plants améliorés disponibles auprès de l'ANADER
Les producteurs, pisteurs, acheteurs et exportateurs venus des localités de Katiali, Niapurgué, Cissédougou, Digbê, Karakpo, Ouazomo ont pris d’assaut, le jeudi 19 février, la sous-préfecture Ganaonie, située à 35 km de Boundiali, chef-lieu de département, pour bénéficier de cette formation dispensée par les experts. Tout comme dans les deux autres localités, Soro Klotioloma, Coordonnateur national des filières Coton, Anacarde, Mangue et Foresterie à l’ANADER a abordé la question du matériel végétal. Il déconseille formellement aux producteurs d'utiliser du « tout-venant » des graines prélevées sur un arbre voisin ou sur leur propre plantation pour créer de nouveaux vergers. « On ne connaît pas l'antécédent de cet arbre, il peut être porteur d'une maladie qui contaminera le nouveau champ », a-t-il averti. La solution passe par les plants améliorés disponibles auprès de l'ANADER. Subventionnés par l'État, ils sont accessibles à un coût modéré et garantissent une production de meilleure qualité, avec des arbres plus résistants aux maladies. « Selon votre zone, il y a des variétés plus performantes », a-t-il précisé. Le Professeur Soro Sibirina a, quant à lui, sensibilisé les producteurs sur les maladies de l’anacardier et les insectes nuisibles, rappelant que la maîtrise phytosanitaire et les bonnes pratiques agronomiques sont essentielles pour garantir des noix saines et compétitives. Rappelons qu’à toutes les étapes de cette campagne de sensibilisation, une séance culinaire animée par Bamba Noumina a démontré le potentiel de valorisation de la noix et de la pomme de cajou à travers divers produits dérivés (bouillie, alloco, confiture, vinaigre, huile, etc.).
La participation remarquable des femmes dans la formation
La place des femmes dans la filière n'a pas été oubliée. Selon les statistiques de l'ANADER, elles représentent environ 20 % des participants aux formations. Un taux qui pourrait progresser, car les activités spécifiquement féminines, comme la transformation de la pomme de cajou, offrent des débouchés prometteurs. « Nous encourageons les femmes à intégrer la consommation de la pomme dans leurs habitudes alimentaires, pour éviter que ces fruits ne soient gaspillés », a souligné le coordinateur. Jus, confitures, vinaigre, sirop, farine : les possibilités sont multiples et pourraient générer des revenus complémentaires pour les ménages.
Un bilan largement positif
Au terme de cette campagne de sensibilisation, Soro Klotioloma trouve le bilan largement positif ? « Nous pensons que les producteurs ont été satisfaits. Et donc, ils nous ont assurés de mettre en application tous les conseils que nous avons donnés pour l'amélioration de la qualité. Parce qu'ils ont pris conscience que, sans la qualité, eux-mêmes ne peuvent pas améliorer leur revenu. Surtout la séparation avec la ficelle, le ramassage tous les jours et le sécher sur les lèvres. Ce sont les conditions qui produisent la qualité ». La Côte d’Ivoire est premier pays producteur mondial. Elle se bat pour être le premier producteur mondial au niveau de la qualité aussi. « Donc, si nous avons non seulement la quantité, mais aussi la qualité, nous aurons très peu de problèmes à commercialiser, et puis, notre produit sera compétitif et rentable. Dans la même veine, les prix seront aussi meilleurs aussi. Les producteurs doivent se rendre compte que l'amélioration du prix dépend de la qualité. S'ils produisent de la qualité, le prix sera bon », a indiqué Soro Klotioloma. A la question de savoir si l’objectif est atteint, le Coordonnateur national des filières Coton, Anacarde, Mangue et Foresterie à l’ANADER a été on ne peut plus clair : « Notre objectif, ce n'est pas que la qualité soit aujourd'hui. C'est quand ils vont appliquer les différentes recettes dans les plantations qu'il y aura la qualité. Donc nous, on le fait tout le temps, tous les jours, pour que demain ou après-demain, on ait la qualité », a-t-il affirmé. Rappelons que sur les 600 producteurs à sensibiliser, ce sont finalement près de 800 producteurs qui ont répondu à l’appel du conseil Coton Anacarde Karité et ses partenaires techniques et financiers.
Des recommandations aux paysans
« Les toutes dernières recommandations, c'est de respecter et mettre en application ce que nous avons dit dans la sensibilisation. A savoir, nettoyer les plantations, réduire la densité des plantations, séparer les noix des pommes à l'aide de la ficelle, sécher sur claie, mettre la production dans les sacs jute, conserver dans un magasin bien aéré, bien étanche sur les palettes et aussi, de mesurer la qualité avant d'aller au marché. Mesurer la qualité, c'est de peser un kilo du stock et compter le nombre de noix. Si vous avez 180 noix, vous pouvez aller au marché. Mais si vous allez au-delà de 180 noix, il faut trier encore le stock, parce que ce n'est pas de bonne qualité », conseille Soro Klotioloma.
Brice Biakpa
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